La biodiversité fonctionnelle désigne la part de la biodiversité qui rend un service directement mobilisable par le système de culture : pollinisation, régulation des ravageurs, dégradation de la matière organique. Elle ne se décrète pas — elle se cultive, par des aménagements et des pratiques qui lui fournissent gîte et couvert.
Le service de pollinisation
Une majorité d'espèces cultivées bénéficie d'une pollinisation animale, avec des degrés de dépendance très variables : nulle pour les céréales, anecdotique pour certaines espèces autogames, déterminante pour de nombreux fruits, oléagineux et légumes de plein champ.
Chez les arbres fruitiers, la pollinisation conditionne la nouaison, donc le nombre de fruits, mais aussi leur régularité de forme — un ovule non fécondé se traduit par un fruit déformé.
Une diversité qui dépasse l'abeille domestique
Réduire la pollinisation à l'abeille domestique est une simplification trompeuse. Les abeilles sauvages, très diverses par leur taille, leur période d'activité et leur mode de nidification, assurent une part substantielle du service — souvent avec une efficacité supérieure par visite, et par des températures où l'abeille domestique reste à la ruche.
Cette diversité constitue une assurance : elle maintient le service quand une espèce décline ou que les conditions d'une saison lui sont défavorables.
Auxiliaires à double fonction
Certains insectes cumulent deux services au cours de leur cycle. Les syrphes en sont l'exemple le plus net : l'adulte se nourrit de nectar et de pollen, qu'il transporte de fleur en fleur, tandis que la larve est un prédateur de pucerons.
Cette dualité a une conséquence pratique : les ressources florales nécessaires à l'adulte conditionnent la présence des larves prédatrices dans la parcelle. Une lutte biologique par conservation passe donc par la fleur, non par le seul ravageur.
Aménager la parcelle
Les aménagements visent trois besoins distincts, qu'il faut satisfaire ensemble :
- ressource alimentaire continue — une succession de floraisons couvrant la saison, et non une floraison massive et brève ; un couvert végétal fleuri y contribue en interculture ;
- sites de nidification — sol nu pour les espèces terricoles, tiges creuses et bois mort pour les espèces caulicoles ;
- zones refuges — bandes non traitées et non fauchées simultanément, où les populations se maintiennent pendant les interventions.
Les bandes fleuries et les prairies permanentes remplissent ces trois fonctions lorsqu'elles sont conduites de façon extensive ; les haies et les alignements décrits en agroforesterie y ajoutent les sites de nidification que le plein champ ne fournit pas. Leur efficacité dépend fortement de leur position dans le paysage : leur portée reste limitée à la distance de butinage des espèces visées, souvent de quelques centaines de mètres.
Facteurs de déclin
Les causes documentées se combinent et se renforcent : simplification des paysages et disparition des habitats semi-naturels, raréfaction des ressources florales en dehors des pics de floraison des cultures, exposition aux produits phytosanitaires, pathogènes, et modification des régimes climatiques.
Aucune n'explique à elle seule les tendances observées, ce qui rend les réponses partielles peu efficaces : agir sur un seul facteur laisse les autres opérer.