L'agroforesterie désigne l'ensemble des pratiques associant délibérément des arbres à une production agricole — cultures annuelles ou élevage — sur une même parcelle. Elle ne relève pas de la seule plantation d'arbres en bordure : c'est la conduite conjointe de deux étages de végétation, dont les ressources et les contraintes s'articulent dans le temps et dans l'espace.
Longtemps marginalisée par la spécialisation des systèmes de production, elle est réexaminée pour sa capacité à combiner production, régulation du microclimat et stockage de carbone.
Formes principales
Cultures en couloirs
Des rangs d'arbres, souvent espacés de vingt à quarante mètres, alternent avec des bandes cultivées. L'écartement est le paramètre déterminant : il conditionne l'ombrage porté, le passage des engins et la concurrence racinaire. Les essences à enracinement pivotant sont recherchées, car elles prospectent des horizons plus profonds que la culture associée et limitent la compétition pour l'eau de surface.
Sylvopastoralisme
L'association arbre-animal est la forme la plus ancienne. Le couvert arboré fournit ombre et abri au troupeau, ce qui réduit le stress thermique et, dans certains contextes, améliore l'ingestion. Le pâturage entretient en retour la strate herbacée et limite l'embroussaillement. La contrainte principale est la protection des jeunes arbres, vulnérables à l'abroutissement et au frottement pendant leurs premières années.
Haies et bordures de parcelles
La haie constitue la forme la plus répandue en zone tempérée. Elle joue un rôle de brise-vent, freine le ruissellement sur les versants et sert de corridor écologique entre habitats. Associée à une bande enherbée, elle intercepte une partie des transferts de particules et d'intrants vers les cours d'eau.
Effets agronomiques
Les effets documentés portent sur plusieurs registres :
- microclimat — réduction de la vitesse du vent, atténuation des amplitudes thermiques, diminution de l'évapotranspiration en bordure ;
- matière organique — restitution continue par les litières et le renouvellement racinaire, qui alimentent l'activité biologique du sol : même levier que les couverts végétaux, mais permanent ;
- ressource en eau — prospection d'horizons profonds par les arbres et amélioration de l'infiltration, à mettre en balance avec la consommation propre du couvert arboré ;
- habitats — support pour les auxiliaires des cultures et les pollinisateurs.
Limites et conditions de réussite
Le bilan n'est pas systématiquement favorable. La concurrence pour la lumière et l'eau peut faire reculer le rendement de la culture associée, surtout dans les rangs proches des arbres et en année sèche. Le raisonnement se fait alors à l'échelle de la parcelle entière, en tenant compte de la production ligneuse.
Trois conditions reviennent constamment : le choix des essences, adaptées au sol et de débourrement tardif pour limiter la concurrence printanière ; la géométrie de la plantation, orientée pour maîtriser l'ombrage ; et la durée d'engagement, un système agroforestier ne livrant son plein effet qu'après plusieurs années.