Encyclopédie des technologies pour l'agroécologie

Puzenat (constructeur)

Puzenat est un constructeur français de machines agricoles établi à Bourbon-Lancy (Saône-et-Loire), actif de 1874 à 1959 sous la raison sociale «  Manufacture centrale de machines et instruments agricoles  » (IdRef, 2023). Sa production a été, jusqu'aux années 1930, presque entièrement destinée à la traction animale : râteaux à cheval, faneuses, herses, cultivateurs, houes et distributeurs d'engrais.

L'entreprise naît de l'atelier d'un forgeron, Émile Puzenat (1842-1919), et devient avant 1914 l'un des principaux fournisseurs français d'instruments attelés, avec une diffusion internationale. Elle est absorbée en 1959 par la division Someca de Simca Industrie, et son nom disparaît alors des catalogues. Ses instruments relèvent du domaine documenté par Wikita.

Activité

Affiche publicitaire : un homme assis dans un fauteuil tend six bras dont les mains portent chacune un instrument agricole tiré par un cheval blanc — rouleau, houe, râteau, faneuse — au-dessus d'une herse en Z posée au sol
Affiche publicitaire de la marque, non datée ; les six instruments figurés sont tous attelés à un cheval.
Source : Wikimedia Commons — Jean-Marie-Michel Liébaux, dit Mich (1881-1923), d'après le portail des bibliothèques spécialisées de la Ville de Paris, domaine public

Émile Puzenat, serrurier comme son père, parcourt pendant une dizaine d'années les fermes du canton pour y réparer le matériel avant de concevoir une herse de forme en Z, dont il dépose le brevet en 1873. L'instrument obtient le premier prix au concours de Mâcon en 1874, puis le grand prix au concours de Paris organisé pour l'Exposition universelle de 1878 (Académie de Dijon, 2019). Son fils Claude Amable, dit Claudien, ingénieur des Arts et Manufactures, s'associe à l'affaire en 1893 : la maison prend alors le nom d'«  Émile Puzenat & Fils  » (IdRef, 2023).

À la mort du fondateur, le 8 juin 1919, Claudien dirige seul l'entreprise, dont la marque devient «  C. Puzenat  ». Il l'administrera jusqu'à sa propre mort, en 1956.

Usines et effectifs

Le catalogue général de 1912-1913 date de 1902-1903 la construction des usines du quartier Saint-Denis, agrandies en 1907 puis en 1911 ; il porte alors la surface totale des ateliers à trente mille mètres carrés, auxquels s'ajoutent «  plus de quinze hectares  » de parcs et dépôts dans l'enceinte des usines (Puzenat, 1912). Plusieurs notices touristiques donnent 1900 pour cette construction ; la donnée n'est pas recoupée.

Les effectifs suivent la même courbe. Une chronique locale les établit à 314 personnes en 1912, 650 à 780 entre 1920 et 1923, environ un millier au milieu des années 1920 et 1 200 en 1936 (chronique de Bourbon-Lancy). La main-d'œuvre manquant sur place, l'entreprise recrute environ trois cents ouvriers polonais et fait construire plus de quatre cents logements entre 1923 et 1927, qui forment les «  cités  » de la ville. Ces chiffres proviennent d'un site d'histoire locale et n'ont pas été confrontés aux archives de l'entreprise.

Fonderie de Sept-Fons

La fonte arrivait des Ardennes, au prix de délais et de coûts que la croissance de la production rendait difficiles à tenir. Émile et Claudien Puzenat font donc édifier leur propre fonderie à Sept-Fons, dans l'Allier, près du canal latéral à la Loire : les travaux commencent en 1919, la production démarre en 1921 et l'établissement est agrandi dès 1926 (chronique de Bourbon-Lancy).

Cette intégration en amont explique une partie de la gamme : les catalogues insistent sur les pièces de fonte «  de haute résistance  » et sur leur remplacement progressif par de l'acier doux estampé dans les organes les plus sollicités (Puzenat, 1912).

Production

Le catalogue général n° 19, daté 1912-1913 et numérisé par le Conservatoire national des arts et métiers, donne l'état de la gamme à la veille de la Première Guerre mondiale : cinquante-neuf pages, une quarantaine de modèles, tous attelés (Puzenat, 1912). Chaque modèle porte un nom propre — «  Lion  », «  Tigre  », «  Prairial  », «  Silex  », «  Grip  », «  Vérité  », «  Imperator  », «  l'Européenne  » — qui sert d'identifiant commercial et de repère pour les pièces de rechange.

Les données de masse, de largeur et de prix citées ci-après sont celles de ce catalogue : elles sont annoncées par le constructeur, valent pour la campagne 1912-1913 et n'ont pas été vérifiées sur des exemplaires conservés. Les prix sont en francs de 1912.

Fenaison

C'est le domaine où la maison s'est faite. Le râteau à cheval «  Lion  », présenté en 1882, est décliné en «  Lion-Supérieur  » et «  Lion-Moderne  », auxquels s'ajoutent les modèles «  Monopole  », «  Prairial  », «  S.P.  », «  Tigre  » et «  Le Passe-Partout  ». Le catalogue annonce plus de 15 000 «  Lion-Supérieur  » vendus annuellement, et l'Académie de Dijon avance 400 000 exemplaires du «  Lion  » sur cinquante ans (Académie de Dijon, 2019) ; ces deux chiffres sont d'origine différente et ne se recoupent pas l'un l'autre.

Le «  Lion-Supérieur  » est un râteau à décharge et accrochage automatiques, breveté S. G. D. G. Le constructeur en décrit la commande au pied comme demandant «  une force insignifiante (3 kilos)  », les roues comme étant en acier à seize rais croisés et bandage strié, et les dents en acier à double nervure éprouvées une à une avant montage. La fenaison proprement dite est assurée par les faneuses «  Vérité  » et «  Progrès-Clinkton  », et par le râteau-faneur à andain «  Imperator  » modèle 1912, à roues de 1,40 m et réglage à main de l'inclinaison des dents selon qu'on râtelle ou qu'on fane.

La faneuse «  Vérité  » est donnée pour six fourches à quatre dents en deux parties, une largeur de travail de 2 m, un écartement entre roues de 1,40 m et un prix de 250 francs. Son catalogue de pièces détachées descend au boulon, dont le prix unitaire est indiqué : la disponibilité des rechanges faisait partie de l'argumentaire.

Travail du sol

La herse en Z, instrument fondateur, occupe encore plusieurs pages du catalogue de 1912. Elle est déclinée en sept numéros, du n° 0 «  forte  », à six rangs de dents pour terrains très compacts, au n° 6 destiné aux «  terrains très légers et sarclage des blés et avoines  ». L'écartement moyen des dents est de 40 à 45 mm, et les chaînes croisées centrales sont dites «  à effet convergent  », chaque compartiment restant libre de suivre les sinuosités du sol.

L'appareil est vendu par assemblages de compartiments, ce qui donne une gamme continue d'efforts : la herse n° 2 à trois compartiments compte 36 dents pour 1,60 m de largeur, pèse 74 kg, coûte 74 francs et se conduit à un cheval ; la même à six compartiments compte 72 dents pour 3,30 m, pèse 152 kg, coûte 152 francs et demande trois chevaux. Une variante à traîneaux supports articulés, présentée comme une création de 1912, facilite le transport sur route.

Le reste du poste comprend la herse à chaînons «  Duplex  », les herses canadiennes «  Silex  » et «  Monopole  », les herses «  Couleuvre  » et «  Mignonne  », les cultivateurs à dents étranglées «  Grip  », «  Silex  » et «  L'Universel  », un extirpateur-déchaumeur également présenté comme régénérateur de prairies, des rouleaux, un pulvériseur à disques d'acier et un traîneau à quatre roues.

Entretien des cultures

La houe-cultivateur «  l'Européenne  » est l'instrument de binage de la maison, proposé pour la vigne, la betterave, la pomme de terre et le tabac. Elle existe en deux types : le n° 1, modèle fort, de 48 kg, pour travaux profonds et terrains difficiles, et le n° 2, modèle léger, de 30 kg. Les deux acceptent les mêmes socs et les mêmes lames.

Deux caractéristiques sont mises en avant par le constructeur : le tirage, réglable au centre ou sur le côté selon que le cheval marche dans l'entre-rang ou à côté, et l'élargissement à mouvement parallèle indépendant du bâti, qui maintient les socs droits quelle que soit la largeur de travail. Le catalogue indique qu'«  un cheval de moyenne force suffit amplement  » et que l'instrument «  résiste parfaitement à deux chevaux ou deux bœufs  ». La gamme est complétée par les distributeurs d'engrais «  à Hérisson  » et «  Le Soleil  », un broyeur de pommes de terre, une charrue déchaumeuse et des paroirs à cheval et à main.

Diffusion

Alignement d'instruments agricoles attelés posés au sol devant une palissade portant deux panneaux, « Plissonnier, Lyon » et « Puzenat, Bourbon-Lancy », sous un baobab
Stand des instruments Plissonnier et Puzenat au concours agricole de 1930, à Bambey (Sénégal).
Source : Wikimedia Commons — cliché attribué à Jean Stirbo, fonds de l'Institut national d'agronomie coloniale, Bibliothèque nationale de France, domaine public

Le catalogue de 1912-1913 revendique plus de 350 médailles, diplômes et premiers prix obtenus depuis 1874, et énumère les distinctions des expositions internationales : grand prix à Liège en 1905, à Saragosse en 1908 et à Bruxelles en 1910, hors concours et membre du jury à Milan en 1906, à Londres en 1908 et à Turin en 1911. Le fondateur est fait chevalier de la Légion d'honneur en 1893 et officier en 1906 (Puzenat, 1912).

La clientèle dépasse largement le Charolais. L'Académie de Dijon signale la présence des instruments en Allemagne, en Belgique, en Angleterre, en Suisse, en Italie et en Égypte (Académie de Dijon, 2019), et une photographie de l'Institut national d'agronomie coloniale atteste qu'au concours agricole de 1930 tenu à Bambey, au Sénégal, un stand présentait sous l'enseigne de la marque une ligne d'instruments attelés, à côté de ceux du lyonnais Plissonnier. Le catalogue, pour sa part, affirme que les machines sont «  vendues sur tous les marchés du monde  » et qu'il en sort plus de 60 000 par an des usines ; c'est une déclaration du constructeur, non un chiffre vérifié.

Déclin et fin

La crise de 1929 atteint durement une production dépendante de l'investissement des fermes. En 1932, la moitié de l'effectif est licenciée et la semaine de travail passe de soixante à trente heures ; la reprise vient de nouveaux matériels — faucheuse, lieuse, extirpateur — mis au point dans l'usine (chronique de Bourbon-Lancy). La société, jusque-là à responsabilité limitée, devient société anonyme le 23 septembre 1940 après une recapitalisation.

La guerre réoriente une part des ateliers vers l'armement, et la production de machines agricoles ne reprend qu'au ralenti. Un détail signale la fin d'une époque : en juin 1941, un quai et une voie ferrée sont construits dans l'usine même, remplaçant les navettes hippomobiles qui reliaient jusqu'alors les ateliers à la gare du Fourneau et au port de Garnat.

En 1955, l'usine s'engage avec Simca pour installer des chaînes de rénovation de moteurs tout en poursuivant les machines agricoles. Claudien Puzenat meurt le 4 juin 1956, et l'entreprise est absorbée en 1959 par la division Someca de Simca Industrie (IdRef, 2023) : le nom Puzenat disparaît alors des catalogues, l'usine assemblant des tracteurs. La fabrication de machines agricoles est transférée à Fourchambault au début des années 1970, et le site de Bourbon-Lancy passe à la construction de moteurs de camions. Le musée local, qui date de 1882 à 1956 l'activité de l'usine (Destination Saône-et-Loire), retient donc des bornes plus étroites que la notice d'autorité, laquelle couvre 1874-1959 ; l'écart tient vraisemblablement aux événements retenus — première usine et mort de Claudien d'un côté, fondation de la maison et absorption juridique de l'autre — mais il n'a pas été tranché.

Ressources accessibles

Plaque émaillée bleue à filet rouge, fixée sur un mur, portant en lettres blanches « Machines agricoles C. Puzenat — en vente ici »
Plaque émaillée de revendeur, sous la marque «  C. Puzenat  » employée après 1919.
Source : Wikimedia Commons — Renhour48, CC0 1.0

Le catalogue général de 1912-1913 est numérisé et intégralement consultable en ligne dans la bibliothèque numérique du Conservatoire national des arts et métiers, sous la cote CNAM-BIB B 15177 ; son texte est océrisé, donc interrogeable. C'est la source la plus complète accessible à distance sur la gamme attelée, y compris les tarifs et les tableaux de pièces de rechange. Le musée de la Machine agricole Puzenat et des outils du bois, rue du Docteur-Pain à Bourbon-Lancy, conserve des machines de la marque et n'ouvre qu'à dates annoncées (Destination Saône-et-Loire).

Des matériels restent par ailleurs en service. Le panorama des faucheuses à traction animale établi par l'association Hippotese en 2014 cite la faucheuse «  D1M  » de la marque comme exemple de faucheuse à moteur auxiliaire, où le déplacement demeure attelé mais où la lame est entraînée par un moteur thermique à régime constant (Hippotese, 2014) — un dispositif dont l'intérêt, décrit là, est de réduire l'effort de traction et de maintenir le mouvement de la lame en cas de bourrage. C'est le principe que reprennent aujourd'hui les avant-trains hippomobiles à moteur auxiliaire. L'étendue du parc de matériels Puzenat encore utilisé n'est pas documentée.

Sources

  1. Émile Puzenat & Fils, Catalogue général de la manufacture centrale de machines et instruments agricoles. Usines Saint-Denis. Bourbon-Lancy (Saône-&-Loire). N° 19, Nancy, Berger-Levrault, [1912], 59 p., cote CNAM-BIB B 15177, numérisé par le Cnum. Consulté le 16 août 2026.
  2. Agence bibliographique de l'enseignement supérieur, «  Manufacture centrale de machines et instruments agricoles (Bourbon-Lancy, Saône-et-Loire ; 1874-1959)  », notice d'autorité IdRef n° 191655848, https://www.idref.fr/191655848, notice modifiée le 26 juin 2023, consultée le 16 août 2026.
  3. Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, «  Décès d'Émile Puzenat, industriel bourbonnien  », https://www.academie-sabl-dijon.org/celebration/deces-demile-puzenat-industriel-bourbonnien/, consulté le 16 août 2026.
  4. «  De la forge d'Émile Puzenat à l'usine pilote du groupe Iveco  », dans Histoire de Bourbon-Lancy, site personnel d'histoire locale, http://bourbon.lancy.free.fr/histoire/histoire.htm, consulté le 16 août 2026. Cette chronique n'indique pas ses propres sources ; les faits qui n'en sont attestés que là sont signalés comme tels dans le texte.
  5. Deny Fady, «  Démonstration-test de faucheuses à traction animale au Mont Crozin (Suisse) le 31 mai 2014  », Hippotese — Le cheval de travail, 4 juin 2014, http://hippotese.free.fr/blog/index.php/post/2014/06/04/Demonstration-test-de-faucheuses-a-traction-animale-au-Mont-Crozin-Suisse-le-31-mai-2014, consulté le 16 août 2026.
  6. Destination Saône-et-Loire, «  Musée de la Machine agricole Puzenat  », https://www.destination-saone-et-loire.fr/fr/patrimoine-culturel/musee-de-la-machine-agricole-puzenat.html, consulté le 16 août 2026.

Liens externes